16/02/2012
18/05/2011
Xénophobie d'État à l'AERES
"L'agence nationale d'évaluation de l'enseignement supérieur et de la recherche (AERES), organisme technocratique sous contrôle politique du gouvernement et en charge d'évaluer l'activité scientifique des universités et des laboratoires français, vient de rendre public dans une notice explicative des notes attribuées aux unités de recherche l'utilisation d'un critère différenciant les chercheurs invités selon leurs origines géographiques et socio-économiques et reléguant implicitement les scientifiques venant d'établissements d'Afrique ou du Moyen-Orient au rang de partenaires peu valorisants pour les centres français. On peut y voir là une énième manifestation du phénomène maintenant bien connu de la xénophobie d'Etat."L'agence nationale d'évaluation de l'enseignement supérieur et de la recherche (AERES) fait partie de ces créatures récentes (2006) enfantées par le "new public management" d'inspiration néo-libérale qui oriente le processus de Bologne de reformatage des universités européennes d'une part et l'autoritarisme politique grandissant des États européens tendant à subordonner au pouvoir politique central toutes les entités intellectuelles, pédagogiques, journalistiques et judiciaires susceptibles de constituer des contre-pouvoirs dans les sociétés démocratiques d'autre part.
Le Président de l'AERES est nommé par le Président de la République et les membres du conseil d'administration sont nommés par le gouvernement sur proposition du ministre ou des présidents d'université ou d'instances d'évaluation. De même les "comités d'évaluation" venant inspecter les universités ou les laboratoires sont nommés par les dirigeants de l'AERES. Autrement dit, c'est une structure technocratique, lourdement verrouillée par le pouvoir politique, et qui place ainsi l'examen de l'activité scientifique sous des logiques qui lui sont étrangères.
La dernière illustration en date de ce néo-soviétisme de droite, en tant qu'il place tout service opérationnel de l'enseignement supérieur et de la recherche sous le contrôle politique d'une structure hiérarchique directement subordonnée au pouvoir politique, vient d'être fournie par la publication récente d'un critère d'évaluation xénophobe utilisés par l'AERES dans l'évaluation des laboratoires de recherche. Dans le document joint en annexe 1 des rapports d'évaluation envoyés aux laboratoires inspectés, l'AERES expose les significations de ses notations A+, A, B, C attribuées aux unités de recherche. Voir par exemple : http://ccj.univ-provence.fr/IMG/pdf/Courrrier_notes_VAGUE_B.pdf
Dans ce document intitulé "Interprétation de l'échelle de notation multicritères (2011)" apparaissent cinq rubriques : "Production", Attractivité, Impact socio-culturo-économique", "Vie de l'unité", "Stratégie et projet scientifiques", "Note globale". Il y aurait beaucoup à dire sur les explications accompagnant chaque catégorie de note dont le flou artistique, les formulations folkloriques ou ésotériques, les vastes louches d'approximations pifométriques, la niaiserie bling-bling de certains critères, l'emphase des qualificatifs sans objectivation possible... ressemble beaucoup aux explications que les voyantes professionnelles associent chaque matin aux signes de l'horoscope du jour.
Mais une attention particulière doit être accordée au summum de l'excellence dans la deuxième rubrique dont l'intitulé est déjà en soi un morceau d'anthologie :
Rubrique : Attractivité, Impact socio-culturo-économique
Note A+ : visibilité internationale
Explication de note : L'unité est attractive au niveau international. Elle attire des chercheurs étrangers de haut niveau et accueille de manière très significative des docs et postdocs avec leur financement, en provenance de l'Europe de l'Ouest, d'Asie, d'Amérique du Nord (alt. Des pays développés). Elle est leader (ou PI) dans des programmes internationaux. Ses actions ont un retentissement international.
En délimitant ainsi géographiquement et économiquement les origines des chercheurs pouvant être invités par les laboratoires français pour valoriser une unité de recherche ou participer à sa visibilité internationale ou refléter son attractivité internationale, l'AERES explicite un critère de xénophobie post-coloniale tendant à considérer tous les chercheurs originaires d'Afrique ou du Moyen-Orient, par exemple, comme inutiles ou incompétents ou problématiques pour des raisons indicibles.... Tout à fait conforme à la vision élyséenne d'une Afrique réduite aux grossièretés rustres du Discours de Dakar et aux orientations xénophobes des politiques publiques menées depuis des années, cette publication confirme qu'une agence d'évaluation placée sous l'autorité directe d'un pouvoir politique s'aligne inéluctablement sur les orientations idéologiques dudit pouvoir lorsque celui-ci se met à dériver comme c'est le cas aujourd'hui en France et en Europe sous l'empire des nationalismes xénophobes.
Dire que l'AERES est xénophobe implique naturellement de préciser le concept de xénophobie : le mot « xénophobie » est apparu en français dans les premières années du 20ème siècle (Nouveau Larousse Illustré, 1906) avec une signification psychologique voire caractérologique : on parle d'état d'esprit ou de sentiment xénophobe ; on désigne des comportements individuels ou collectifs ; l'expression d'émotions d'hostilité ou de haine à l'égard des étrangers. Mais en un siècle les définitions ont évolué. Le grand dictionnaire terminologique de l'Office Québécois de la Langue Française propose deux entrées (« Préjugé défavorable à l'égard des étrangers. Note : La xénophobie est fondée sur des stéréotypes, généralisations sans fondement, nées de rumeurs, d'incompréhensions, de mœurs différentes. » et « Hostilité vis-à-vis des étrangers, d'origine sociale, et non pathologique. ») qui soulignent le caractère social plus que psychologique de telles croyances ou émotions. Cela reflète une évolution du signifié qui oscille entre un sens commun plutôt psychologique et une conceptualisation sociologique en cours d'élaboration.
Dans cette perspective sociologique on peut définir la « xénophobie » comme l'ensemble des discours et des actes qui - en dehors de situation ou menace d'invasion militaire - tendent à désigner l'étranger comme un problème, un risque ou une menace pour la société d'accueil et à le tenir à l'écart de cette société, que l'étranger soit au loin et susceptible de venir, ou déjà arrivé dans cette société ou encore depuis longtemps installé. Cette définition préalable permet de distinguer différents aspects du phénomène : xénophobie populaire et xénophobie élitaire par différenciation, dans la sociologie « élitiste », entre une minorité gouvernante et une masse gouvernée ; xénophobie contestataire et xénophobie de gouvernement, si l'on rapporte le phénomène xénophobe à la distinction usuelle entre « partis de gouvernement » et autres partis ou simplement entre gouvernants et gouvernés. Ces distinctions permettent ensuite de s'interroger sur les dynamiques sociales et les relations historiques entre les formes élitaires ou gouvernantes de la xénophobie et ses formes populaires ou contestataires.
La xénophobie d'Etat est la forme la moins connue de xénophobie parce que la moins identifiée par les « élites » dirigeantes qui sont alors au cœur du phénomène lui-même et de sa définition. Mais si l'on rapporte la notion d'Etat aux connaissances acquises dans la sociologie de l'action publique, on peut la définir la comme l'ensemble des discours et des actes publics, émanant d'autorités publiques, produisant, volontairement ou involontairement, cet effet de stigmatisation de l'étranger comme problème, risque ou menace. Cette forme de xénophobie a une histoire, des caractéristiques et des formes d'expression spécifiques. Les discours peuvent prendre la forme orale des déclarations ministérielles ou celle, écrite, des rapports administratifs et textes de droit... Les actes peuvent être ceux de fonctionnaires de police sur le terrain ou ceux de hauts fonctionnaires des finances préparant des choix budgétaires... Cette stigmatisation peut apparaître dans les mots et gestes d'acteurs administratifs ou politiques spécialistes des étrangers mais aussi dans l'imperceptible infléchissement des référents et des pratiques d'acteurs a priori éloignés de ce sujet (médecins, travailleurs sociaux, éducateurs, juges...). Dans le cas de l'AERES la stigmatisation est produite par la relégation des chercheurs dont l'origine géographique et géo-économique rend leur invitation peu valorisante pour les laboratoires français.
18.05.2011 - J. Valluy
Publié sur Médiapart :http://blogs.mediapart.fr/blog/jerome-valluy/180511/xenophobie-detat-laeres
31/03/2011
Sauvons La #Recherche : deux #pétitions à signer !
- Pour soutenir les précaires de l'École normale supérieure en grève depuis plusieurs mois, et soutenus par des élèves et enseignants de l'ENS, face à une direction qui reste intransigeante : ICI
29/03/2011
27/03/2011
Faut-il vraiment faire un #doctorat ?
Les universités produisent de plus en plus de thésards et de “post-doc”, qu’elles utilisent souvent elles-mêmes comme enseignants sous-payés. Un gâchis scientifique et humain.Dans la majorité des pays, il faut avoir un doctorat pour mener une carrière académique. Le doctorat est une introduction au monde de la recherche indépendante, une sorte de chef-d’œuvre intellectuel créé par un apprenti, en étroite collaboration avec un directeur de thèse. Les règles à suivre pour obtenir ce grade varient énormément selon les pays, les universités et même les sujets. Certains étudiants doivent d’abord être titulaires d’un master ou d’un autre diplôme. Les uns perçoivent une allocation, d’autres doivent payer. Certains doctorats consistent uniquement à faire de la recherche, d’autres impliquent de suivre des cours et de passer des examens, d’autres encore sont assortis d’une obligation d’enseigner à l’université. Une thèse peut faire quelques dizaines de pages en mathématiques ou plusieurs centaines en histoire.
Mais s’il y a une chose que partagent beaucoup de doctorants, c’est bien l’insatisfaction. Certains décrivent ce qu’ils font comme un “travail de forçat”. Les semaines de sept jours, les journées de dix heures, les salaires de misère et les incertitudes quant à l’avenir sont monnaie courante. Vous savez que vous êtes un thésard, plaisante-t-on, quand votre bureau est mieux décoré que votre logement et que vous avez une saveur préférée dans la gamme des nouilles instantanées. “Ce n’est pas le doctorat en lui-même qui est décourageant, explique un étudiant, c’est de se rendre compte que l’objectif est devenu hors d’atteinte.” Il y a trop de doctorants. Bien que ce diplôme soit conçu comme une formation au travail académique, le nombre de places en troisième cycle ne correspond pas au nombre de postes à pourvoir. Parallèlement, les chefs d’entreprise se plaignent du manque de compétences de haut niveau, insinuant que le troisième cycle ne correspond pas aux attentes. Les critiques les plus féroces comparent les thèses de recherche aux systèmes de vente pyramidale.
Pendant une grande partie de notre histoire, une simple licence était le privilège de quelques-uns et beaucoup de professeurs d’université n’avaient pas de doctorat. Mais avec l’expansion de l’enseignement supérieur qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, on a attendu des professeurs d’universités qu’ils aient un diplôme de troisième cycle. Les universités américaines ont été les premières à s’adapter : en 1970, les Etats-Unis fournissaient presque un tiers des étudiants en université du monde et la moitié des doctorats en science et technologie (le pays ne représentait à l’époque que 6 % de la population mondiale). Depuis, leur production de doctorats a doublé pour atteindre 64 000 par an. Les autres pays sont en train de rattraper leur retard. Entre 1998 et 2006, le nombre de doctorats décernés dans les pays de l’OCDE a augmenté de 46 %, mais seulement de 22 % aux Etats-Unis. La progression a été plus rapide au Mexique, au Portugal, en Italie et en Slovaquie. Même le Japon, où le nombre de jeunes diminue, a attribué environ 46 % de doctorats supplémentaires. Une partie de cet accroissement reflète l’expansion de l’enseignement universitaire en dehors des Etats-Unis. Selon Richard Freeman, professeur d’économie du travail à Harvard, les étudiants inscrits aux Etats-Unis représentaient, en 2006, à peine 12 % du total mondial.
Mais les universités ont découvert que les thésards constituaient une main-d’œuvre bon marché, très motivée et disponible. Avec davantage de doctorants, elles peuvent développer la recherche, et dans certains pays assurer davantage de cours avec moins d’argent. A Yale, un associé de recherche gagne environ 20 000 dollars [14 300 euros] par an pour neuf mois de cours, alors que le salaire moyen d’un professeur titulaire aux Etats-Unis était de 109 000 dollars en 2009.
La production de docteurs dépasse largement la demande de professeurs d’université. Dans un ouvrage publié récemment, le Pr Andrew Hacker et la journaliste Claudia Dreifus précisent que plus de 100 000 doctorats ont été décernés aux Etats-Unis entre 2005 et 2009, pour à peine 16 000 créations de postes. Utiliser les thésards pour assurer la majeure partie des cours en licence permet de diminuer le nombre d’emplois à temps plein. Même au Canada, où le nombre de titulaires de doctorat a augmenté de façon relativement modeste, les universités ont décerné 4 800 doctorats en 2007 et recruté 2 616 professeurs à temps plein. Seuls quelques pays en développement rapide, comme le Brésil et la Chine, semblent manquer de titulaires de doctorats.
Trop de “post-doc”
Le tableau est identique dans la recherche. Les thésards et les personnels de recherche contractuels – ces “post-doc” (post-doctorants) décrits par un étudiant comme “l’immonde face cachée de l’université” – effectuent aujourd’hui une grande partie des recherches. Mais il y a également un excédent de post-doc. Au Canada, 80 % des chercheurs post-doctoraux gagnent 38 600 dollars brut ou moins par an, soit le salaire moyen d’un ouvrier du bâtiment. La multiplication de ces contractuels a créé un autre obstacle sur le chemin menant à un poste à l’université : dans certains domaines, cinq années de post-doctorat sont aujourd’hui nécessaires pour obtenir un poste fixe à temps plein.
Ces armées de doctorants et de post-doc renforcent la capacité de recherche des universités, et donc de leur pays. Mais ce n’est pas toujours une bonne chose. Des esprits brillants et bien formés peuvent être gâchés lorsque la mode change. Après le lancement du Spoutnik [par l’Union soviétique en 1957], le nombre de docteurs en physique a explosé aux Etats-Unis, mais tout s’est arrêté brutalement avec la guerre du Vietnam, dont le financement a asséché le budget de la science. Dans les années 1970, explique Brian Schwartz, professeur de physique à l’Université de la ville de New York, 5 000 physiciens ont dû se recaser dans d’autres domaines.
Certes, tous les étudiants qui s’embarquent dans une thèse ne veulent pas mener une carrière académique et beaucoup rejoignent avec succès le secteur privé, par exemple dans la recherche industrielle. Mais le nombre d’abandons indique que beaucoup perdent courage en cours de route. Aux Etats-Unis, seuls 57 % des thésards obtiendront leur diplôme dix ans après leur inscription. Dans le domaine des humanités, où la plupart des étudiants doivent payer pour préparer un doctorat, la proportion est de 49 %. Une étude menée dans une université américaine a montré que ceux qui abandonnent ne sont pas moins intelligents que les autres. Une supervision défaillante, des perspectives d’emploi mauvaises ou le manque d’argent les ont simplement découragés.
Même les diplômés qui trouvent un travail en dehors de l’université ne s’en sortent pas toujours si bien. L’enseignement en troisième cycle est tellement spécialisé que les services d’orientation professionnelle des universités ont du mal à aider les docteurs qui cherchent un emploi, et les directeurs de thèse ont tendance à se désintéresser des étudiants qui quittent l’université. Une étude de l’OCDE montre que, cinq ans après avoir obtenu leur diplôme, plus de 60 % des titulaires d’un doctorat en Slovaquie et plus de 45 % en Belgique, en République tchèque, en Allemagne et en Espagne ont toujours un statut précaire. Beaucoup sont des post-doc. En Autriche, environ un tiers des titulaires d’un doctorat prennent un emploi sans rapport avec celui-ci. En Allemagne, 13 % d’entre eux finissent dans des métiers modestes. Aux Pays-Bas, la proportion est de 21 %.
Des travailleurs suréduqués
Au moins, un doctorat est plus rémunérateur qu’une licence. Une étude de Bernard Casey publiée dans le Journal of Higher Education Policy and Management montre que, en Grande-Bretagne, les hommes titulaires d’une licence gagnent 14 % de plus que ceux qui auraient pu aller à l’université mais ont choisi de ne pas le faire. Le bonus pour un doctorat est de 26 %. Mais il est à peu près aussi élevé (23 %) pour un master. Dans certaines disciplines, l’avantage procuré par un doctorat disparaît complètement. Les docteurs en mathématiques, informatique, sciences humaines et langues ne gagnent pas plus que ceux qui ont un master. Et la prime pour un doctorat est moindre que pour un master en ingénierie, en technologie, en architecture ou en éducation. Ce n’est qu’en médecine, en sciences, dans le commerce et la finance que l’écart est suffisamment important pour qu’il vaille la peine d’avoir un doctorat.
Beaucoup d’étudiants disent qu’ils se lancent dans une thèse par passion pour leur sujet et que la connaissance est une fin en soi. Certains ne s’interrogent guère sur ce à quoi leur diplôme les mènera. Dans une étude réalisée en Grande-Bretagne sur les thésards, environ un tiers reconnaissent qu’ils font un doctorat en partie pour rester étudiants ou pour repousser la quête d’un emploi. Mais il n’y a pas que des avantages à s’éterniser à l’université. Les travailleurs suréduqués – ceux dont le niveau d’éducation est supérieur à celui requis pour un emploi – tendent à être moins satisfaits, moins productifs, et plus désireux de quitter leur travail.
Pour les universitaires, demander si un doctorat en vaut la peine équivaut à se demander s’il y a trop d’art ou de culture dans le monde. La connaissance, disent-ils, se diffuse de l’université à l’ensemble de la société, qui devient alors plus productive et plus saine. C’est peut-être vrai. Mais il n’en demeure pas moins que, sur le plan individuel, s’embarquer dans un doctorat peut être un mauvais choix.
10.03.2011 | The Economist

15/03/2011
03/02/2011
Publications de l'École Française de Rome en ligne !
07/12/2010
Rappel du Café-Sahara : demain à Grenoble !
Mercredi 8 décembre
Sujet : Les peintures de la Tassili n Ajjer
Intervenant : Bernard Fouilleux
« Les peintures de la Tassili n Ajjer »Bernard Fouilleux est un physicien qui, à la suite d’un voyage au Soudan, s’est découvert une vocation tardive pour l’art rupestre saharien. Il rentre de son quinzième voyage au Tassili n Ajjer et il dispose d’un corpus d’environ seize mille images sur les rupestres de cette région (avec des redondances bien sûr). (commentaire de Thierry Ghabidine Tillet)
12/11/2010
Archéologie en péril ! Le Monde du 13/11
2 articles dans Le Monde du 13 novembreMontée des eaux, dégel des sols, avancée des sables, érosion et ouragans mettent en péril de nombreux sites.
p.4
Téléchargez l'article en PDF ici
Rome Correspondant - La Maison des gladiateurs et ses fresques qui s'effondrent entièrement, dimanche 7 novembre, à Pompéi, faute d'un entretien constant. Le tapis rouge du Festival du cinéma de Rome envahi par des centaines de manifestants protestant, le jour de l'inauguration, contre les coupes dans la culture. Le Musée d'art moderne de Naples qui ne parvient plus à payer ses factures d'électricité et menace de réduire ses heures d'ouverture. L'Opéra qui a dû revoir à la baisse les contrats des techniciens. Tous ces événements disent "l'état de catastrophe culturelle" qui menace aujourd'hui l'Italie.
La politique de rigueur budgétaire décrétée par le gouvernement (29 milliards d'euros d'économies en 2011 et 2012) se traduira par une réduction de 58 millions d'euros pour le secteur de la valorisation des biens culturels, et de plus de 100 millions pour le Fonds unique pour le spectacle (FUS). C'est également rude pour les collectivités locales : elles ne pourront dépenser plus que 20 % des sommes allouées par l'Etat par le passé pour l'organisation d'événements culturels.
"Ces restrictions sont un vrai désastre, se désole Umberto Croppi, adjoint à la culture de la capitale romaine. Une exposition comme celle du Caravage à Rome cette année ne sera plus possible. Or, elle a attiré 500 000 visiteurs, rapporté 30 millions d'euros, dont 15 millions à l'Etat." Cela ne fait pas fléchir le gouvernement : "La culture ne se mange pas", répond Giulio Tremonti, ministre de l'économie d'un pays qui compte le plus grand nombre (45) de sites classés au patrimoine de l'Unesco.
Coeur d'activité de l'Italie
Pour protester contre les coupes budgétaires, de nombreux musées, bibliothèques et sites archéologiques étaient fermés vendredi 12 novembre, d'autres étaient ouverts gratuitement. Le 22 novembre, les acteurs, réalisateurs, scénaristes et techniciens de cinéma sont également appelés par les syndicats à une grève générale. "Quand une entreprise est en difficulté, elle se concentre sur le coeur de son activité, or le coeur de l'activité de l'Italie, c'est la culture", explique l'adjoint à la mairie de Gênes, Andrea Ranieri. "La culture n'est pas la cerise sur le gâteau, c'est le gâteau", renchérit le président de l'association des communes italiennes.
Le gâteau est mal en point. Au-delà de la polémique, c'est toute la gestion du patrimoine culturel italien qui est en cause. Sa sauvegarde et l'économie qui en découle. "Ce n'est pas seulement une maison qui s'effondre à Pompéi, s'inquiète Maria Pia Guermandi, membre de la direction de l'association Italia Nostra, mais la crédibilité du pays. Nous ne sommes plus en mesure de gérer tout cela."
"Faute d'argent"
L'art et la culture, qui devraient être une des principales ressources de l'Italie, font l'objet de peu d'investissements, alors que le tourisme représente 12 % du PIB. De 7 milliards d'euros en 2008, année de l'élection de Silvio Berlusconi, le budget de la culture est tombé à 5 milliards en 2010, soit 0,21 % du budget de la nation.
Musées de province presque vides, aires archéologiques ne recevant que quelques visiteurs par jour : l'Italie souffre de trop de richesses, et de trop peu d'argent pour les entretenir et attirer du public. "La valorisation de l'exceptionnel patrimoine apparaît loin d'être optimale", conclut un rapport de la Fondation Ambrosetti, présenté le 12 novembre dans le cadre de la manifestation Florens 2010, consacrée à la valorisation du patrimoine.
De son côté Sandro Bondi, le ministre de la culture, se débat entre l'intraitable ministre de l'économie et des milieux culturels aux abois. Pour manifester son opposition aux réductions budgétaires, il a boudé un conseil des ministres. Mais il défend l'esprit de la réforme en dénonçant "la culture de l'assistance" qui a prévalu jusqu'alors. Son projet ? Multiplier les fondations publiques et privées pour entretenir les grands sites et les musées sur le modèle du Musée égyptien de Turin.
Mais l'écroulement de la Maisons des gladiateurs pourrait porter un coup fatal au ministre de la culture. Après avoir maladroitement déclaré que le site s'était effondré "faute d'argent" pour l'entretenir, il a accusé les infiltrations d'eau d'être la cause de ce désastre, ce qui est en partie exact. "Je me démettrais si j'étais responsable", a-t-il répété, mercredi 10 novembre, au Parlement. L'opposition devrait déposer une motion de censure à l'encontre de celui qui a désormais gagné le surnom de "ministre des maux culturels".
p. 24 - Le Monde - 13/11/2010
+ Autre article archéo à lire dans ce numéro :
Le cimetière, miroir de l’esclavage
p. 18
15/06/2010
19/01/2010
UNIVERSITE D’AUTOMNE Sauvons La Recherche en hiver : il n’y a plus de saison !











